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Yannick Roudaut, auteur de Quand l'improbable surgit. Un autre futur revient dans la partie
Crédit : LOL Project - David Ken

Yannick Roudaut (partie 2) : “Le monde de demain peut être désirable et plus agréable”

INTERVIEW – Cofondateur de la maison d’édition La Mer salée, Yannick Roudaut vient de publier Quand l’improbable surgit. Un autre futur revient dans la partie. Un essai dans lequel l’ancien journaliste économique et financier invite la jeune génération à ne “pas lâcher” pour concevoir un monde plus juste, plus durable, et plus en phase avec le vivant. Vous avez lu la première partie de l’interview ? Voici la seconde partie de cet entretien-fleuve qu’il nous a accordé durant ce reconfinement.

Vous écrivez que vous avez de l’espoir en voyant cette jeunesse qui s’engage. Que leur dire pour les encourager

Oui, j’ai de l’espoir. Ces jeunes ne sont pas parfaits bien sûrs, ils ont leurs contradictions comme nous avons les nôtres, mais ils ont compris les enjeux. Ils ne veulent pas reproduire le modèle de leur leurs parents : boulot, dodo, pour au final détruire le vivant et passer à côté de leurs passions. Ils cherchent une utilité dans la vie. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir agir pour résoudre les problèmes écologiques. Je parle ici des plus engagés, bien sûr.

Tous les jeunes ne sont pas en attente de sens, il ne faut pas généraliser. Si l’on compare les comportements des étudiants,  il y a 30 ans, très peu de jeunes cherchaient à équilibrer la vie professionnelle et leurs passions. Nous étions plus ou moins, les bons officiers du système économique. Les choses sont en train de bouger, et il faut soutenir ces jeunes à changer le monde.

Comment ?

Plusieurs axes sont possibles. Il faut commencer par repenser l’enseignement : on leur apprend encore à inventer des produits inutiles, à  faire des gains de productivité. Il faut les former au monde d’après, leur dire que la trajectoire n’est pas linéaire et que l’on peut encore limiter le réchauffement climatique, en s’y mettant dès maintenant. Faire des études pour inciter les gens à cliquer sur une pub Facebook, par exemple, n’a aucun sens.

Le futur désirable verra le jour à mesure qu’on le soutiendra. Et, à force d’agir, les jeunes influenceront leurs aînés, les parents, les grands-parents

Dans mon livre, j’insiste aussi sur le fait que cette jeunesse va devoir s’emparer du pouvoir au cours des prochaines années. Politique, économique. Elle ne peut pas compter sur un virage radical d’un grand nombre de personnes de 50 ou 60 ans. Ils doivent voter, créer de nouveaux moyens de s’engager en politique. Ils peuvent intégrer les entreprises qui ont du sens, qui répondent aux enjeux écologiques et sociaux. Ils ont dix ans pour infléchir la trajectoire mortifère.

Le futur désirable verra le jour à mesure qu’on le soutiendra. Et, à force d’agir, les jeunes influenceront leurs aînés, les parents, les grands-parents. Je le vois déjà quand je rencontre des chefs d’entreprises lors d’ateliers que j’anime. Certains ont changé le jour ou leurs enfants leur ont posé la question : mais que faites-vous pour sauver la Terre ? Quelle est votre métier ?

Et ces derniers vous écoutent ? Il y avait eu cette scène surréaliste : Camille Etienne parlant à des chefs d’entreprises du Medef. Elle abordait la question de la décroissance et certains ont ri…

Oui, ils y sont de plus en plus sensibles. Les plus sceptiques tendent l’oreille. Ils m’écoutent car je ne viens pas du monde écologiste, mais du monde de la finance et de l’économie. J’y ai travaillé de longues années (sans y faire fortune) j’ai créé des entreprises. Camille Etienne était face aux plus conservateurs. Ceux qui ont ri sont les premiers à utiliser les expressions Khmers verts. Ils n’ont pas compris que leurs enfants les considéreront comme les Pol Pot du climat !

Quand je rencontre ce type d’individus allergiques à l’écologie, je suis leur logique, je pousse leurs arguments : ok, ne changeons rien, restons sur la trajectoire linéaire de la croissance. Dans ce cas, quelles seront nos émissions dans 10 ans ? Où en serons-nous en matière de catastrophes naturelles, quel sera le coût économique ? Certains se réfugient en affirmant que la question climatique est très exagérée. Les scientifiques se trompent. Etonnant… Pour le Covid ils croient en la science, pour le climat, ils n’y croient plus. La grande majorité des dirigeants sont pragmatiques, ils comprennent… Sauf, peut-être les quelques “ayatollahs” du néo-libéralisme (Rires).

Actuellement nous sommes bien assis  sur la branche de l’hyperconsommation. Cette branche va casser mais personne ne bouge

Le terme de fin du monde, dont on parle souvent, est assez négatif. Pourtant, il a un versant plus attractif ?

Avec la fin du monde, on pense à Walking Dead, Blade Runner, Mad Max. C’est sombre. Je préfère le terme de fin de civilisation, plus structuré, moins anarchique. Cela renvoie à des valeurs, un modèle de gouvernance et un système économique. Dans la nouvelle civilisation, le but du jeu ne sera pas de dégager toujours plus de rentabilité, mais il sera question de redistribuer les richesses pour que chacun puisse évoluer convenablement sur cette planète, sans la détruire. La contribution au monde sera centrale.

Faut-il faire peur pour mobiliser ?

Dans mon livre, je ne pense pas faire peur. La lucidité permet de traverser ses peurs. La peur est saine. Elle agit tel un stimulus. Elle nous réveille et nous rappelle qu’il faut agir. Mais  il ne faut pas y rester cantonné. Il convient de passer à l’action, cela rassure, redonne de l’énergie, tout en étant lucide. Agir maintenant avec conviction et force, mais sans présupposer du futur en devenir.

En revanche, nous avons tous besoin d’un objectif, d’un idéal, d’une utopie. Il faut montrer au plus grand nombre que le monde de demain peut être désirable et plus agréable qu’aujourd’hui. La frugalité n’est pas une punition. C’est l’optimisation du bien-être. Faire mieux avec moins. 

Comme le dit Pascal Picq, le primate ne quitte pas la branche sur laquelle il est assis si la prochaine branche n’est pas atteignable. Actuellement nous sommes bien assis  sur la branche de l’hyperconsommation. Cette branche va casser mais personne ne bouge, hormis quelques pionniers, car celle du monde de demain paraît moins intéressante. Il faut rapprocher cette branche, changer les normes sociales. La frugalité doit faire envie.

En tant qu’être humain, nous avons tous nos contradictions. A chacun d’y travailler, de les réduire, de ne pas s’en satisfaire. C’est un chemin de sagesse.

Que répondre à ceux qui reprochent aux personnes engagées (les écolos) d’être bourrées de contradictions ?

On parle souvent de bobos, et c’est un terme péjoratif. On leur reproche en effet d’être écolo et d’acheter un nouvel iPhone, par exemple. En Occident, on n’accepte pas que quelqu’un soit bourré de contradictions. Mais trouver une cohérence entre nos paroles et nos actes c’est le chemin d’une vie ! On ne peut pas reprocher à un jeune ayant marché pour le climat d’aller ensuite se désaltérer au McDo. Je préférais qu’il aille dans une enseigne locale, mais il a 18 ans, c’est compréhensible ! Certains attendent une pureté chez les jeunes, qu’eux ne peuvent revendiquer à 50 ans. La pureté n’existe pas. En tant qu’être humain, nous avons tous nos contradictions. A chacun d’y travailler, de les réduire, de ne pas s’en satisfaire. C’est un chemin de sagesse.

Que dire aux gens qui ne semblent pas prêts à évoluer ?

Je pense qu’il ne faut pas faire de prosélytisme  ni juger. Mais simplement montrer qu’agir en préservant la planète nous rend heureux, et combien on se sent à notre place. De plus en plus de personnes sont convaincues que l’on peut être épanouies différemment. Et je pense que ces dernières ont à témoigner. C’est ça, le challenge : faire envie par les témoignages des uns et des autres, et via les récits, les essais, les romans d’anticipation, les utopies. Et puis il faut les rassurer, car l’être humain a peur. En tout cas, il ne faut pas leur faire un procès d’intention. C’est contre-productif, clivant.

On peut également expliquer que 10 % des habitants de la Terre génèrent 50 % des émissions des gaz à effet de serre : ce sont majoritairement les Occidentaux. C’est à eux de modifier leurs comportements en premier, les plus aisés, pour que le reste du monde puisse bénéficier d’un confort de vie minimum convenable, et des hôpitaux en premier lieu…

C’est-à-dire donner l’exemple ?

A 50 ans, j’estime que c’est à moi, par exemple, de lever le pied sur mes déplacements polluants pour qu’un gamin puisse le faire un peu. Tout en lui expliquant quelles sont les limites à ne pas atteindre pour ne pas qu’il reproduise le même schéma que les plus anciens.

Pour moi, tout ce qui n’est pas impactant pour le vivant doit être moins cher que ce qui est impactant. On peut continuer d’envisager les voyages en avion, mais pas à trente euros le billet…Le but de l’opération : qu’ils deviennent non pas un luxe mais un produit exceptionnel. Le voyage en avion était exceptionnel dans les années 1980. Ce n’est pas si vieux.

C’est un sujet complexe…

Tout à fait. Mais je trouve qu’il est anormal qu’un Nantes-Toulouse, en avion, coûte 60 euros, aller-retour, et que le même trajet en train soit à plus de 100 euros. Je peux me le permettre, mais pas de nombreux ou particuliers. C’est un frein au changement.  

La fiscalité doit être incitative pour tout ce qui répare le vivant et ce qui ne pollue pas

Que faire ?

On doit changer le système : la fiscalité doit être incitative pour tout ce qui répare le vivant et ce qui ne pollue pas. Il conviendrait aussi d’avoir une comptabilité prenant en compte les externalités (ce que l’on appelle la triple comptabilité), les impacts sur le vivant et sur les humains. Cela changerait beaucoup si tout cela était intégré dans les comptes : le train deviendrait bon marché, la pomme importée un luxe. Sur ce sujet, la volonté politique n’existe pas, il faut que ce soit effectué au niveau européen puis mondial, et ce n’est pas encore gagné. Les forces de résistance (les lobbies) sont importantes.

Plusieurs milliards d’euros ont été débloqués rapidement pour faire face à la crise économique et sociale…

C’est aussi pour cela que je suis optimiste, car on a vu qu’il y avait les fonds nécessaires et que, quand on veut, on peut. On peut mobiliser de l’argent pour « sauver le climat ». Certains outils sont indispensables. Dans le livre, je propose une banque centrale pour la nature, qui lèverait des fonds pour financer des moratoires sur de grands espaces naturels et laisser la nature se régénérer. Ces fonds pourraient indemniser, accompagner les personnes pénalisées par ces moratoires.  

Cette banque pourrait avoir le même fonctionnement que la BCE. Elle émettrait des obligations ou autres produits financiers, que les particuliers ou les entreprises pourraient acheter. Soutenue par les Etats, elle pourrait lever des milliards de dollars et investir en vue de lutter contre le réchauffement climatique, par exemple en favorisant l’achat de voitures non polluantes, en redistribuant équitablement la richesse, par la voie, aussi, du revenu universel. Mais il faut une volonté. Cela nécessite de changer de prisme économique et politique.

La première des réactions à ce nouveau confinement : “on l’a déjà fait, on a pris l’habitude, ça va être plus simple !” et puis quand ce nouveau rythme s’impose le 30 octobre, des sensations désagréables se font de nouveau ressentir.

On va être honnête, le premier #restonschezsoi a été subi comme une gifle arrivée de nulle part avec le contre-coup en prime. Nous étions tous partis pour ranger la moindre parcelle de nos maisons, enfin nous lancer dans l’écriture du livre tant réfléchi entre deux rames de métro, nous reconnecter avec la nature … nous avons plutôt battu des records de temps passé devant nos écrans, on a frôlé le débordement avec les enfants à côté, engager des danses endiablées dans le salon pour invoquer les dieux de la levée du couvre-feu et avons tous eu un bilan très mitigé de cette période fantasmée comme mise au ralenti.

Et si pour les prochaines semaines, on se confinait mais en mieux ?

MOUVEMENT UP bouscule sa ligne éditoriale pour une édition spéciale “ confiner ensemble” pour faire, de cet épisode 2 du confinement, une période un peu plus nourrissante, un peu moins imposée.

Avec notre partenaire KISSKISSBANKBANK nous vous proposons de nous confiner ensemble et de nous retrouver quotidiennement sur le site www.confinerensemble.fr et sur nos réseaux sociaux pour partager ensemble sur cette période et nous entraider. Notre crédo “nous sommes une équipe : on part ensemble on rentre ensemble” et on n’oublie personne sur le bord du chemin. Petits coups de fatigue, moments de doute, envies de changer de job, de vie, de manière de voir, on va tout traiter. Nous n’allons juste pas nous occuper de nos affaires de cœur … quoi que nous ayons quelques idées là-dessus…

Nous vous fournirons des clés de compréhension et une boite à outils pour que vous puissiez analyser cette actualité complexe en l’éclairant des solutions proposées par ceux qui contribuent à un mieux vivre ensemble et avec la planète : les acteurs du changement.

Nous vous suggèrerons aussi des idées pour apaiser ces sources d’inquiétudes et de questionnements qui peuvent nous traverser. Nous serons aussi force de solutions pour confiner solo, à plusieurs, en famille sans déclaration de guerre à la fin de cette cohabitation imposée.

Notre ambition : rendre cette période féconde à des partages d’expériences et des moments d’inspiration pour préparer la sortie, non pas dans le monde d’après mais celui de maintenant mais en mieux !

La même mais en mieux, vous êtes d’accord ?

MOUVEMENT UP en collaboration avec KISSKISSBANKBANK

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