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Yannick Roudaut, auteur de Quand l'improbable surgit. Un autre futur revient dans la partie
Crédit : David Ken Lolproject

Yannick Roudaut (partie 1) : “Aux jeunes, nous devons leur montrer des voies de sortie par le haut”

INTERVIEW – Cofondateur de la maison d’édition La Mer salée, Yannick Roudaut vient de publier Quand l’improbable surgit. Un autre futur revient dans la partie. Un essai dans lequel l’ancien journaliste économique et financier invite la jeune génération à ne “pas lâcher” pour concevoir un monde plus juste, plus durable, et plus en phase avec le vivant. Découvrez la première partie de cet entretien-fleuve qu’il nous a accordé durant ce reconfinement.

Si l’effondrement de notre société de consommation est inévitable, et souhaitable pour la survie de l’humanité, l’effondrement de la biodiversité et le réchauffement planétaire ne sont pas une fatalité“, souligne Yannick Roudaut, lucide, mais optimiste.

Pourquoi avez-vous écrit cet essai ?

Dans un précédent livre publié en 2013 (La Nouvelle Controverse), j’ai exploré le domaine de la collapsologie, puis, dans un autre ouvrage en 2016 (Zero Pollution), je me suis penché sur la relation entre l’humain et la nature, sur ce rapport de maître à esclave que nous entretenons avec le vivant. Dans ces deux livres, je voulais démontrer que si on ne se réconciliait pas avec la nature, nous étions condamnés. En parallèle, j’échange beaucoup avec les plus jeunes, que ce soit dans un cercle familial, amical ou les étudiants que je rencontre dans différents établissements. Pour certains, c’est fini. On ne s’en sortira plus. Ils sont dans une sorte de collapso-dépression.

Et j’ai ressenti une colère croissante face à la situation climatique, et du dépit aussi. J’ai décidé en 2019 d’écrire cet essai pour les inviter à ne pas lâcher. Pour leur redonner la force de se battre. Il peut se passer des choses incroyables dans les prochaines années qui peuvent bouleverser le cours de l’histoire. Je souhaite remettre un peu de lueur dans un univers très sombre et anxiogène. Entre les attentats, la Covid, la lecture du livre de Pablo Servigne, Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), qui est salutaire pour la prise de conscience, certains jeunes ne croient plus en l’avenir. Nous devons leur montrer des voies de sortie par le haut.  Ils se chargeront du reste.

Le surgissement de la Covid est un événement qui a des conséquences inattendues. Cela nous oblige à bifurquer. Cette bifurcation, aussi difficile soit-elle, sera salutaire pour l’humanité et la nature

Vous êtes de nature optimiste, alors ?

Oui, je le suis. Or, l’optimisme n’empêche pas la lucidité. Si on ne change pas de comportement, ce sera le chaos climatique. La collapsologie a raison, on va droit dans le mur. Toutefois, il y aura effondrement uniquement si nous restons dans cette trajectoire linéaire, celle de la croissance basée sur l’hyperconsommation de produits polluants. Mais j’y apporte un bémol. Si l’effondrement de notre société de consommation est inévitable, et souhaitable pour la survie de l’humanité, l’effondrement de la biodiversité et le réchauffement planétaire ne sont pas une fatalité.

J’ai la forte intuition que des événements inattendus, improbables vont nous forcer à bifurquer. L’Histoire n’est qu’une succession d’évènements inattendus (révolutions, crises sociales, découvertes…) et le surgissement de la Covid est un événement qui a des conséquences inattendues. Cela nous oblige à bifurquer. Cette bifurcation, aussi difficile soit-elle, sera salutaire pour l’humanité et la nature ces prochaines décennies. Malgré la souffrance de millions de personnes et les dégâts économiques, c’est une « bonne nouvelle » pour l’avenir de la jeunesse.

N’avez-vous pas remarqué, après le premier confinement, qu’on était repartis comme avant, comme si de rien n’était ?

Oui, et c’est inévitable. Dans des tribunes, certains écrivaient qu’il était temps, durant le confinement, de construire le monde d’après. Et que tout changerait en trois mois. Il y aurait un grand soir en septembre 2020. Mais ce n’est pas raisonnable. Cette grande bifurcation ne peut se réaliser en deux-trois mois. Il faut plusieurs années. Prenez la Révolution française, elle n’a pas été effectuée en quelques semaines.

Nous sommes entrés dans une sorte de clair-obscur. Le monde d’avant va jeter toutes ses forces dans la bataille pour continuer sa route. S’accrocher pour que le monde d’après n’émerge pas. On le voit par exemple avec l’activisme des lobbies.

Il faut aussi accepter que certaines personnes restent accrocs à la surconsommation… Elles ne vont pas brutalement changer de vision du monde.  Elles ont ressenti le confinement comme une punition et se sont jetées sur les fast-foods ou sont allées dans des magasins de vêtements jetables dès que cela a été possible.

Mais doit-on pour autant en conclure que le monde d’avant va gagner, que rien n’a changé ? Non. Beaucoup de choses ont commencé à changer : le rapport au travail, au temps long, à la consommation. Cette prise de conscience n’est pas uniforme et ne le sera jamais, d’ailleurs. Si McDo existe encore dans 30 ans, il y aura encore quelques clients qui s’y rendront. Un nouveau monde, ce n’est pas 100 % de comportements nouveaux. L’idée est que ce type de restauration rapide ou que la fast-fashion deviennent marginales par rapport à leurs alternatives frugales relowcalisées.

Cela prend du temps…

Tout à fait. C’est lent et rapide à la fois. Lent à l’échelle d’une vie, une décennie ou deux, mais rapide à l’échelle de l’Histoire. Le risque est que certaines personnes engagées, durant ce clair-obscur, perdent la force de se battre. Certaines personnes baissent les bras en observant notamment que les grandes surfaces sont bondées. Oui, c’est vrai, mais, en même temps, d’autres types de commerces se développent rapidement. Les enseignes bio et de vrac se sont fortement développées ces dernières années. Pendant le confinement, certains petits producteurs qui vendent en circuit court ont eu de nouveaux clients. Les convertis ont été nombreux. Et les solutions sont de plus en plus visibles. L’un et son contraire se côtoient. C’est propre à toute les transformations. Elles ne sont pas binaires. D’ou ce qualificatif de clair-obscur. C’est une période tragique et sublime à la fois.

Notre regard sur le vivant a commencé à changer

Au plus fort de la crise sanitaire, certains ont ressenti un manque de nature. Vous écrivez dans vos livres que les humains se sont coupés de cette nature. D’où vient ce déni ?

Le déni de nature a commencé il y a 12 000 ans avec la révolution agricole. Celle-ci nous a urbanisés, alors que nous n’étions encore que des chasseurs-cueilleurs. Puis sont arrivées les religions monothéistes qui ont mis l’Homme sur un piédestal, au-dessus du règne animal et végétal. Puis il y a eu l’école des Lumières, les rationalistes qui considèrent que le non-humain comme des machines sans conscience. L’Homme est alors positionné au centre de l’univers ; la nature est à son service. Nous la modifions, la façonnons, la détruisons.

Après la Révolution industrielle et le développement de la chimie industrielle, dans les années 50, on a eu entre nos mains des machines puissantes de destruction massive. Et le massacre a pris une toute autre ampleur nous faisant entrer dans l’anthropocène, l’ère durant laquelle l’humain est capable de modifier l’enveloppe terrestre.

Avec le confinement, de nombreux urbains ont ressenti ce manque de nature.  Notre regard sur le vivant a commencé à changer. Un grand nombre de personnes ont redécouvert que l’on avait besoin d’elle, c’est pour cela que je suis également optimiste… Il ne s’agit plus d’un épiphénomène.

C’est ça la rationalité : protéger la vie. Nous sommes encore des pré-adolescents. Nous saccageons la nature comme si nous avions un lance-flammes dans les mains

Pourquoi a-t-on besoin d’une crise de cette ampleur pour redécouvrir le besoin de nature ?

Homo sapiens est arrogant, prétentieux, mais pas encore adulte, au sens de responsable, sage et rationnel. Si nous l’étions, nous ne détruirions pas le non-humain. Le bon sens serait de protéger la nature, d’arrêter de polluer. C’est ça la rationalité : protéger la vie. Nous sommes encore des pré-adolescents. Nous saccageons la nature comme si nous avions un lance-flammes dans les mains. Nous jouons. Et nous n’avons pas encore atteint cet âge de maturité.

Du coup, il nous faut une crise d’adolescence, un rite initiatique pour que nous nous transformions en humains plus évolués, et plus humbles.  Homo Humilis, l’humain humble face au vivant, est en devenir. Pour l’heure, nous n’arrivons pas encore à maîtriser nos pulsions qui peuvent être destructrices. La société nous crée des besoins, elle nous invite à posséder telle ou telle voiture polluante, à acheter ce dernier smartphone. La consommation excite notre cerveau qui nous récompense de dopamine, c’est la consommation-bonheur.

Tout en avançant, il faut accepter que d’autres ne feront pas le chemin. Il ne s’agit pas d’une injonction à décroître pour 7 milliards d’humains ! Certains ont d’autres soucis

Comment s’en détacher ?

Il faut emprunter un chemin philosophique, prendre le temps de l’introspection, de redéfinir ses priorités dans la vie, ce qui compte, l’utile, et ce qui ne compte pas, le futile. Ce travail personnel peut prendre plusieurs années. Nous ne sommes pas tous égaux. Chacun avance à son rythme. Tout en avançant, il faut accepter que d’autres ne feront pas le chemin. Il ne s’agit pas d’une injonction à décroître pour 7 milliards d’humains ! Certains ont d’autres soucis. Ils ont à peine un dollar quotidien pour manger. En Europe, des millions de personnes ont du mal à boucler la fin du mois.  

En revanche, parmi les Occidentaux, nombreux encore sont ceux qui ont le ventre plein. Ceux-là peuvent et doivent agir, entamer cette réflexion tout en acceptant que d’autres ne puissent pas faire comme eux. C’est un phénomène complexe qui demande d’accepter la diversité des comportements sans s’en satisfaire pour autant.  Doucement, progressivement nous nous dirigeons vers une autre civilisation. Comme durant la Renaissance,  le monde médiéval a laissé la place au monde moderne, nous quittons ce monde de la croissance à tout prix pour un autre monde, dans lequel la nature sera le centre. Ce sera une civilisation de frugalité, d’un matérialisme modéré et d’une humanité exacerbée.

Nous allons “relowcaliser” nos activités. Avons-nous d’autre choix ?  Je ne crois pas. On peut être très heureux avec beaucoup moins de matérialisme. Le confinement l’a prouvé. L’autre scenario, celui d’une technologie accrue sur fonds de déshumanisation, ne sera pas accessible pour tous et créera une sorte de Metropolis 2.0 pour une poignée de transhumains ultra-riches. Voulons-nous de cet avenir clivant ?

Suite de l’entretien à lire ici sur confinerensemble.fr.

La première des réactions à ce nouveau confinement : “on l’a déjà fait, on a pris l’habitude, ça va être plus simple !” et puis quand ce nouveau rythme s’impose le 30 octobre, des sensations désagréables se font de nouveau ressentir.

On va être honnête, le premier #restonschezsoi a été subi comme une gifle arrivée de nulle part avec le contre-coup en prime. Nous étions tous partis pour ranger la moindre parcelle de nos maisons, enfin nous lancer dans l’écriture du livre tant réfléchi entre deux rames de métro, nous reconnecter avec la nature … nous avons plutôt battu des records de temps passé devant nos écrans, on a frôlé le débordement avec les enfants à côté, engager des danses endiablées dans le salon pour invoquer les dieux de la levée du couvre-feu et avons tous eu un bilan très mitigé de cette période fantasmée comme mise au ralenti.

Et si pour les prochaines semaines, on se confinait mais en mieux ?

MOUVEMENT UP bouscule sa ligne éditoriale pour une édition spéciale “ confiner ensemble” pour faire, de cet épisode 2 du confinement, une période un peu plus nourrissante, un peu moins imposée.

Avec notre partenaire KISSKISSBANKBANK nous vous proposons de nous confiner ensemble et de nous retrouver quotidiennement sur le site www.confinerensemble.fr et sur nos réseaux sociaux pour partager ensemble sur cette période et nous entraider. Notre crédo “nous sommes une équipe : on part ensemble on rentre ensemble” et on n’oublie personne sur le bord du chemin. Petits coups de fatigue, moments de doute, envies de changer de job, de vie, de manière de voir, on va tout traiter. Nous n’allons juste pas nous occuper de nos affaires de cœur … quoi que nous ayons quelques idées là-dessus…

Nous vous fournirons des clés de compréhension et une boite à outils pour que vous puissiez analyser cette actualité complexe en l’éclairant des solutions proposées par ceux qui contribuent à un mieux vivre ensemble et avec la planète : les acteurs du changement.

Nous vous suggèrerons aussi des idées pour apaiser ces sources d’inquiétudes et de questionnements qui peuvent nous traverser. Nous serons aussi force de solutions pour confiner solo, à plusieurs, en famille sans déclaration de guerre à la fin de cette cohabitation imposée.

Notre ambition : rendre cette période féconde à des partages d’expériences et des moments d’inspiration pour préparer la sortie, non pas dans le monde d’après mais celui de maintenant mais en mieux !

La même mais en mieux, vous êtes d’accord ?

MOUVEMENT UP en collaboration avec KISSKISSBANKBANK

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