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L'entraide prônée par Ilios Kotsou
Crédit : Dimitri Houtteman / Unsplash

Ilios Kotsou : « C’est par l’entraide que nous nous en sortirons le mieux »

Après deux mois de confinement, les Français retrouvent une liberté limitée dans un contexte de distanciation sociale. Comment vivre au mieux cette période de déconfinement ? Quelques éléments de réponse avec Ilios Kotsou, docteur en psychologie, formé à la pleine conscience et maître de conférences au Centre de recherche en psychologie sociale et interculturelle à l’Université libre de Bruxelles.

Après deux mois de confinement, notre équilibre psychologique peut-il être durablement perturbé ?

Cette situation sans précédent nous a plongé dans un océan d’incertitudes, alors que notre cerveau, lui, déteste l’incertitude. Notre société technologique et consumériste pensait contrôler l’environnement, nous voilà renvoyés à notre fragilité, nos vulnérabilités. Si nous étions déjà stressés avant le confinement (ou avions tendance à l’être), nous pouvons être sujets à des angoisses très fortes. Et il est difficile dans ce contexte de différencier la peur, qui est une émotion utile pour nous protéger de dangers réels, de l’anxiété, qui est un état d’âme qui est davantage lié à notre mental qui anticipe, imagine tous les problèmes qui pourraient nous arriver. Nous pouvons donc finir prisonniers de ruminations, ces pensées noires qui tournent en boucle, à propos de la maladie, des risques économiques, etc. Comprendre le mécanisme en œuvre dans notre cerveau est un premier pas vers un retour à l’équilibre.

Nous sommes des animaux coopératifs.

Nous allons regagner une liberté limitée, comment gérer cela au mieux ?

Pour gérer au mieux cette liberté retrouvée, il est à mon avis important d’avoir confiance en la société et en les autres. Je pense que l’on ne doit pas s’inquiéter de la capacité des humains à collaborer en temps de crise. De nombreuses recherches ont montré cette étonnante capacité des groupes à s’auto-organiser. Il se développe alors, comme le dit mon collègue Olivier Klein, une véritable « résilience collective« . La manière dont nous considérons les autres a toute son importance : si nous pensons que les individus sont simplement mus par leurs propre intérêts, qu’il faut les punir pour les contrôler, les politiques mises en œuvre et leurs effets seront très différents que si on encourage l’intelligence collective. Nous sommes des animaux coopératifs, c’est par l’entraide que nous nous en sortirons le mieux.

Des symptômes de phobie sociale peuvent-ils s’installer à cause de la distanciation sociale imposée par la crise sanitaire ?

Les personnes anxieuses qui craignent la contamination peuvent développer des symptômes de méfiance envers les autres. Mais c’est davantage la peur d’attraper un virus en rencontrant quelqu’un que la « peur de l’autre » dont il est question.

Imaginer un monde qui nous convienne davantage.

Comment y faire face de manière positive ?

Il n’y a pas de recettes magiques, mais différentes pistes. Au niveau collectif, la transparence dans l’information, la confiance dans l’intelligence collective, et l’inclusion des citoyens dans les prises de décision peuvent aider à vivre cette période plus positivement. Cette crise qui a (re)mis au grand jour nos vulnérabilités nous montre aussi le chemin à suivre : prendre soin des plus vulnérables, instaurer davantage de justice sociale, partir d’un principe d’égale dignité de toutes et tous, et donc s’assurer que les besoins vitaux des populations soient assurés.

Comment faire face à l’incertitude de l’avenir ?

Nous sommes des êtres de culture et d’histoire. ll est peut-être temps de remettre en question les mythes d’une société basée sur la compétition (les plus « méritants » sont les plus « forts »), du consumérisme (l’accroissement infini de la consommation nous rendrait heureux) et de l’individualisme (nous serions des individus séparés des autres et du reste du vivant). Ce monde-là n’est pas durable. Quel monde avons-nous envie de construire ? Souhaite-t-on un monde basé sur l’entraide, la solidarité, les liens chaleureux et le partage ? Puisque l’avenir est incertain, autant commencer à en imaginer un qui nous convienne davantage.

Prendre soin de nous, des autres et de la planète, c’est prendre soin du vivant.

Comment lutter contre un sentiment d’impuissance qui peut nous saisir ?

En ce qui concerne nos comportements, l’antidote au sentiment d’impuissance se trouve dans le fait d’agir, à notre mesure, pour incarner aujourd’hui le monde que nous souhaitons. De nombreuses études scientifiques ont montré que cultiver en nous des émotions comme l’émerveillement, la compassion, la gratitude et l’amour étaient des facteurs de résilience. L’altruisme peut être une solution aussi. Où pouvons-nous aider ? Qui pouvons-nous soulager ? Nous pouvons aussi nourrir notre vie intérieure : par la poésie, la musique, la méditation, le contact avec la nature. Ces actions nous aident à reprendre notre joyeuse place dans cette grande toile du vivant, parce que prendre soin de nous, des autres et de la planète sont en fait autant de manières de prendre soin du vivant.

Ses livres : Éloge de la lucidité : se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux, Éditions Marabout, 6,90 euros. « Prendre soin de la vie » aux éditions L’Iconoclaste, 19,90 euros.

La première des réactions à ce nouveau confinement : “on l’a déjà fait, on a pris l’habitude, ça va être plus simple !” et puis quand ce nouveau rythme s’impose le 30 octobre, des sensations désagréables se font de nouveau ressentir.

On va être honnête, le premier #restonschezsoi a été subi comme une gifle arrivée de nulle part avec le contre-coup en prime. Nous étions tous partis pour ranger la moindre parcelle de nos maisons, enfin nous lancer dans l’écriture du livre tant réfléchi entre deux rames de métro, nous reconnecter avec la nature … nous avons plutôt battu des records de temps passé devant nos écrans, on a frôlé le débordement avec les enfants à côté, engager des danses endiablées dans le salon pour invoquer les dieux de la levée du couvre-feu et avons tous eu un bilan très mitigé de cette période fantasmée comme mise au ralenti.

Et si pour les prochaines semaines, on se confinait mais en mieux ?

MOUVEMENT UP bouscule sa ligne éditoriale pour une édition spéciale “ confiner ensemble” pour faire, de cet épisode 2 du confinement, une période un peu plus nourrissante, un peu moins imposée.

Avec notre partenaire KISSKISSBANKBANK nous vous proposons de nous confiner ensemble et de nous retrouver quotidiennement sur le site www.confinerensemble.fr et sur nos réseaux sociaux pour partager ensemble sur cette période et nous entraider. Notre crédo “nous sommes une équipe : on part ensemble on rentre ensemble” et on n’oublie personne sur le bord du chemin. Petits coups de fatigue, moments de doute, envies de changer de job, de vie, de manière de voir, on va tout traiter. Nous n’allons juste pas nous occuper de nos affaires de cœur … quoi que nous ayons quelques idées là-dessus…

Nous vous fournirons des clés de compréhension et une boite à outils pour que vous puissiez analyser cette actualité complexe en l’éclairant des solutions proposées par ceux qui contribuent à un mieux vivre ensemble et avec la planète : les acteurs du changement.

Nous vous suggèrerons aussi des idées pour apaiser ces sources d’inquiétudes et de questionnements qui peuvent nous traverser. Nous serons aussi force de solutions pour confiner solo, à plusieurs, en famille sans déclaration de guerre à la fin de cette cohabitation imposée.

Notre ambition : rendre cette période féconde à des partages d’expériences et des moments d’inspiration pour préparer la sortie, non pas dans le monde d’après mais celui de maintenant mais en mieux !

La même mais en mieux, vous êtes d’accord ?

MOUVEMENT UP en collaboration avec KISSKISSBANKBANK

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